Kaïros... ou saisir le moment opportun pour "trouer la réalité", être pleinement conscient de son état de zombie*. En sortir grâce à la création. Le temps devient poétique. La Compagnie de l'Alakran interroge alors avec succès le public : "mais que faisons-nous ici ?" Le spectacle enchaîne les scènes, les personnages défilent... et la "Mère" garde entre ses mains le "temps sphérique". La troupe d'Oskar Gómez Mata nous tend une perche (point no 5 des Instructions pour le silence : Pense où tu en es en ce moment). A nous de s'arrêter, à l'intérieur du théâtre, à jouer avec le temps et les mots. Bien sûr que j'ai adoré**. Les mots de la liste : yeux-horloge-instant, les événements : chaise vide-mur blanc-complicité. Le haïku offert à une personne de moi choix :
Sur le mur blanc, l'horloge s'est arrêtée Deux amies complices apprécient l'instant. Instant intense malgré la chaise rouge restée vide Mes yeux s'écarquillent.
Oui, écarquillés de plaisir car "Alakran - La vie est un point de vue" interroge de manière ludique !
*zombie : une espèce de mort-vivant, un être intermédiaire... comme la petite vidéo nous l'explique en début de soirée. Effet comique garanti !
Trouvaille hier du marché aux Puces... non loin de la Caravane où il fait bon se réchauffer par un chocolat chaud à la fleur d'oranger.
Une carte postale, on l'on découvre quelques mots. L'écriture tremble à peine :
Mes chers, Comme tous les goûts sont dans la nature j'aime mieux pour ma part être ici qu'à Morcote. Un air vivifiant et une température admirable. Meilleures amitiés de
Pepe mon Père, comme dit Tonton
Bienheureux le vacancier qui en juillet 1945 pouvait se prélasser en Engadine !
Ceci pour vous parler d'un petit livre de Philippe Dubath "Ils s'écrivaient" aux Editions du Cadratin, lieu que j'ai souvent regardé avec des yeux émerveillés depuis le trottoir du Quai Perdonnet à Vevey. L'atelier a déménagé et s'est calfeutré dans une ruelle non loin de la Place du Marché. Les livres sortis de leurs presses, eux, continuent de me fasciner... Les balades à Vevey se font souvent sous le signe du livre : les Editions de l'Aire sont à deux pas !
Le texte de Nathalie Sarraute était connu. Relu récemment, j'avais imaginé Mauro Bellucci dans le rôle de H1 et Valentin Rossier dans celui de H2 (voir ici). Et bien, surprise et comme s'en explique le metteur en scène* les rôles sont inversés ! L'espace est peint en bleu, nous sommes chez l'Homme 2**. Le différend entre les deux amis tient dans la suspension de trois points, un ton condescendant mis sur "ça" , après un lourd silence. Et tout le bonheur des spectateurs est de voir les deux comédiens*** qui excellent à donner corps au texte... "de l'or pur. Du diamant" brut sur scène pour reprendre les mots de la dramaturge !
* "Pour H1 et H2, la question était plutôt de savoir qui interpréterait quoi. Pour finir nous avons fait le contraire de ce qui semblait s'imposer au départ. Mais je reste convaincu, encore aujourd'hui, que la situation idéale aurait été de changer chaque soir !" Belle idée qui restera dans l'imagination de chaque spectateur... Dossier pédagogique du Théâtre en cavale ** Schubert et l'Andantino de la sonate 959 semblent nous rappeler qu'il y a "Péril en la demeure"... (film de Michel Deville, sorti en 1985, d'après un roman de René Belleto Sur la terre comme au ciel). A écouter ici ! ***rejoints sur scène de manière efficace en vidéo par Pascale Vachoud et Thierry Morand (F et H3)
Mon agenda et moi, toute une histoire, parfois conflictuelle, le plus souvent harmonieuse. Aujourd'hui 15 janvier, la bonne résolution de l'agenda rempli juste ce qu'il faut semble loin. Deux petites semaines et voilà l'agenda qui grimace laissant peu de place à l'improvisation à laquelle j'aspire !
Au menu des réjouissances, dans le désordre, théâtre de Nathalie Sarraute samedi soir, danse contemporaine sur Pièce de coeur de Heiner Müller mardi, Le répétiteur pour débuter la semaine, Kaïros qui m'interpelle pour le jeudi et demandera qu'on s'y arrête, qu'on y revienne, un cadavre-exquis musical sur le thème de Frankenstein pour le 23 ! Samedi... oui, on peut lire "9h saisir le temps"... Temps de la pause et de l'écoute, vaste programme qui se fera au rythme de la Passion selon St-Matthieu...
Donc le film de Lionel Baier Un autre homme se glissera ici ou là... ou attendra la semaine suivante !
Le lac gelé... Celui de la Vallée de Joux qui nous renvoie sa brillance, dans un paysage à faire palir les lacs de l'Engiadina Ota ! En début de journée, peu de monde, ce qui par moment rendaient les bruits sourds du lac sous la glace plus angoissants. Bizarre ce craquement, non?
Après les moutons, les mains sur le passeport à croix blanche, l'agressivité est de retour. Dans sa campagne, le président de l'UDC justifie l'affiche en ces termes : "Les corbeaux sont des rapaces, des oiseaux agressifs et voleurs, qui menacent l'existence des autres oiseaux. Ils sont souvent associés aux sorcières dans la mythologie" !
Et moi, le matin, je pédale avec entrain et je fais Brrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrr pour répondre au sombre croassement, car l'horreur est au bout de ma rue...
A l'heure où la presse nous révèle le sobre 50e anniversaire de la révolution cubaine, sur les écrans sort la première partie du "Che : l'Argentin" de Steven Soderbergh avec Benicio del Toro. Cette première partie nous raconte les quatre années avant la révolution cubaine, soit la rencontre du Che avec Fidel Castro, leur départ du Mexique pour Cuba, l'organisation de la guerilla contre l'armée de Batista au pouvoir, enfin le long cheminement de la guerilla de Las Villas à Santa Clara. La première partie s'achève là, au lendemain de la révolution. Peu d'éléments sur le Che à proprement parlé alors que le film est présenté comme une biographie. Le film perd en rythme avec des longueurs dans l'avancée des troupes dans les montagnes de la Sierra Maestra...
Mais, en attendant tout de même la partie 2 : "Che : Guerilla" : Hasta siempre, comandante... !