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mardi, 21 juin 2011

L'été en poésie


René Char (1907-1988) et Georges Braque (1882-1963),
Lettera amorosa.
Genève, E. Engelberts, 1963

BGE X 6008 Rés. ; ex n° 52/200 signé par l’artiste et l’auteur

"Je ris merveilleusement avec toi. Voilà la chance unique"...

La dernière fois que Lettera amorosa a été exposé, c'était en 2006 (voir les débuts de Poisson-Chat ici). Cette année, il est possible à nouveau de s'en émerveiller, progrès oblige, sous forme numérique, dans le cadre de la très belle exposition à l'Espace Ami Lullin de la BGE.

Lire René Char pour débuter l'été, voilà la chance unique !


jeudi, 9 juin 2011

Prix Méditerranée

"Et vous, vous en êtes où dans vos écritures ?" *



Plutôt bien pourrait répondre Pierre Assouline, au regard réjoui et malicieux. Pour Vies de Job, il s'est vu remettre le Prix Méditerranée en début de semaine, récompense attribuée de paire à Dimitris Stefanakis ! L'écrivain français nous prend par la main dans son écriture confidentielle et attentive dans cet immense roman qui remonte jusqu'à l'énigmatique Livre de Job.

* dans le roman, c'est François Nourissier qui lui pose la question, lors d'une visite de son cadet dans un établissement hospitalier, p. 37 in: Livre de Job, Gallimard, 2011

Sur le même sujet, lire ici

dimanche, 15 mai 2011

Refuge parmi les livres

Franchir le pas d’une librairie n’est jamais anodin.

Flâner, ouvrir un premier livre au titre porteur de sens ou d’ailleurs… ignorer ceux dont l’écriture nous ennuie, tourner les pages.

Et l’autre jour, la pluie inondant les trottoirs, le refuge fut la halte en librairie.

Deux compères de vie, car les livres sont présents ici et là dans ma bibliothèque personnelle, se donnaient la réplique dans le commerce....et l’atmosphère, pour qui tendait l'oreille, se remplit de couleurs.

Le premier citant François Corbière incite : « Avec les mots rester solaire. Plus les jours passent et plus j’ai envie de guetter la lumière à plus forte raison si elle s’amenuise. Rester du côté du soleil ».

Attentive aux choses infimes et fragiles, éphémères, je suis ressortie de la librairie les deux livres sous le bras. Dehors, l’orage avait passé et le ciel nettoyé avait la pureté de nous rendre léger.

Pour ceux dont la sieste n'est pas un péché, l'agrémenter de lecture pour le week- end !


jeudi, 14 avril 2011

C'est aujourd'hui



Retour de Poisson-Chat ! En brève, car l'annonce n'attend pas. Pierre Assouline est là, à portée d'oreilles en fin de journée.

Le rendez-vous est pris et l'homme essaiste, biographe, autobiographe et romancier nous tiendra en haleine dès 18h15 à Uni-Dufour sur :

L’écriture de l’histoire aujourd’hui : peut-on encore écrire l’histoire comme avant ?

lundi, 28 février 2011

Le biographe se dévoile


cop. SDL, Magali Dougalos

Le photographié photographie... tout comme le biographe se dévoile... Vous reconnaissez Pierre Assouline dont le scoop de son prochain livre avait été révélé ici.

Le titre a quelque peu changé ; de Job, de sa naissance à notre mort, le prochain livre de Pierre Assouline aura pour titre Vies de Job. L'écrivain dont les recherches approfondies lui font parcourir du pays, va à la rencontre des autres... et de lui -même. Le biographe passe par l'étape obligée d'une longue introspection pour tenter de répondre à ce qui l'attire dans le Livre de Job et pourquoi. "Et il va se retrouver face à des vérités sur lui-même qui sont douloureuses", dit-il.

Affaire à suivre... car le livre est en librairie depuis le 27 janvier 2011 !

lundi, 27 septembre 2010

De quoi est fait un personnage ?

Se penchant sur la page, encore non raturée question difficile : de quoi sera fait mon personnage ? Sylvie Germain répond :

Toute l'histoire du roman consiste en ce drôle de travail d'auscultation, de dépeçage et de raccommodage en constance alternance, de grattage, tatouage, broderie sur la peau humaine ourlée de pénombre, tramée d'invisible.
On écrit toujours sur la peau humaine, il n'y a pas d'autre support, car il n'y a pas d'autre sujet, pour le roman, que celui de l'inévidence de l'existence, de l'énigme inépuisable de l'homme, de l'inapaisible passion d'aimer qui n'égale que l'extrême difficulté d'aimer, et de l'irréductible solitude tant de l'amour que du désamour, de la mort enfin.


in : Les personnages, p. 80-81 (Folio 5026)

samedi, 25 septembre 2010

Des mots...

Des mots. Murmurés. Déclamés. Chantés. Savourés.
Lus dans l'intimité. Seul. A deux.
L'espace intime de la poésie s'affiche en ville, à la Bibliothèque de la Cité.



Des mots. Lisses, rugueux, sonores, fragiles, poussifs, gais ou gourmands pour tenir compagnie à la nuit tombante !

mardi, 21 septembre 2010

Eclat



"Il faut porter encore en soi un chaos,
pour pouvoir mettre au monde une étoile dansante"

Nietzsche: Ainsi parlait Zarathoustra
(p. 139 Alexandre Jollien, Le philosophe nu)

mercredi, 8 septembre 2010

A méditer



Je me suis souvent sentie - et je me sens encore - comme un navire qui vient d'embarquer une précieuse cargaison ; on largue les amarres et le navire prend la mer, libre de toute entrave ; il relâche dans tous les pays et prend partout à son bord ce qu'il y a de plus précieux. On doit être sa propre patrie.

Je relaie ici une citation découverte grâce à Alexandre Jollien : les mots d'Etty Hillesum d'Une vie bouleversée.

lundi, 30 août 2010

L'insomnie des étoiles


cop. Le Monde

Voilà. Juste le titre. Et déjà séduite...Le titre du dernier roman de Marc Dugain, sorti de presses il y a dix jours. Entre mes mains. Inverstie d'émotions (voir ici et ), l'écrivain dans ses histoires réécrivant l'Histoire a toujours fait mouche par la dimension donnée à l'un ou l'autre de ses héros...

Le dernier ne fait pas exception. Et pour vous émousser votre curiosité, voici quelques lignes... Ensuite il faudra courir chez votre libraire préféré ou me demander de vous prêter le livre !!!

"Comment ai-pu oublier, si dit Maria, c'est inadmissible. Je ne peux m'en prendre qu'à moi-même." Elle aurait voulu se gifler. Mais le froid s'en chargeait pour elle. Le début de l'automne, timide et clément, s'était effacé pour laisser place à des journées glaciales. Il lui fallait déambuler dans les bois, courbée, le nez au ras du sol. À moins d'un mètre, elle n'y voyait pour ainsi dire que des ombres, des esquisses de formes surprenantes, parfois inquiétantes. Des visages se dessinaient dans la terre et leurs yeux immobiles et sévères se posaient sur elle avant de disparaître. Ces caricatures jonchaient le sol par centaines et, si son humeur l'y prédisposait, elle s'amusait à les effacer.
En cette fin d'automne, les couleurs s'étaient uniformisées, la nature se camouflait. Il n'avait pas plu depuis deux jours, mais la terre suintait. Maria était aux aguets...

Extrait : L'insomnie des étoiles, p. 9 Ed. Gallimard, 2010

jeudi, 27 mai 2010

Notes de musique contre gouttes de pluie

Un livre vient de sortir. Ecrivaine et musicienne genevoise, l'histoire *- sur laquelle je reviendrai plus tard - se déroule pendant la Messe en si de Jean-Sébastien Bach... ou plutôt les histoires féminines multiples... Ce matin, je fais un clin d'oeil à Madame de Warens (private joke !) et autour de Bach et d'autres artistes femmes, voici un petit moment de lumière dans la grisaille du matin !



* Catherine Fuchs : La Beauté du geste, Ed. Campiche, 2010

samedi, 15 mai 2010

Prix Schiller 2010

Voici deux jours, le poète vaudois Philippe Jaccottet exilé sur les terres de la Drôme depuis plus un demi-siècle a reçu le Prix Schiller 2010. Une autre consécration de taille suivra début 2011 par l'édition de son oeuvre dans la renommée Collection de la Pléiade ! De son vivant ! Comme René Char...

Si les cerisiers malgré la grisaille de cette journée de mai sont en fleurs, le cerisier estival, lourd de fruits est l'entame du recueil Cahier de verdure !

Je pense quelquefois que si j'écris encore, c'est, ou ce devrait être avant tout pour rassembler les fragments, plus ou moins lumineux et probants, d'une joie dont on serait tenté de croire qu'elle a explosé un jour, il y a longtemps, comme une étoile intérieure, et répandu sa poussière en nous. Qu'un peu de cette poussière s'allume dans un regard, c'est sans doute ce qui nous trouble, nous enchante ou nous égare le plus; mais c'est, tout bien réfléchi, moins étrange que de surprendre son éclat, ou le reflet de cet éclat fragmenté, dans la nature. Du moins ces reflets auront-ils été pour moi l'origine de bien des rêveries, pas toujours absolument infertiles.*


cop. Philippe Maeder


* Cahier de verdure
; suivi de, Après beaucoup d'années, Gallimard, "coll. poésie/gallimard", 2003, p. 11

samedi, 1 mai 2010

Avec l'aide des mots

Nouveau mois
Réveil
La pluie tinte contre le carreau
On cherche encore le sommeil
D'oubli des larmes tombées
Du ciel.

Dans le brouhaha de l'actuel Salon du livre des éditeurs de poésie genevois se donnent la main pour être présents. Offrir aux lecteurs de poésie des livres "minuscules" (remarque d'une amie croisée dans une travée, mes cinq-six libres dans les mains* : "Ah toi, tu fais dans le petit format")

Petit ?

Les mots sont au rendez-vous, sonores, vivants
Consolant du mauvais temps




Arrêt sur image
tiré de C'était comment

* dont : Jacques Roman : L'élan, l'abandon, Patrice Duret : L'exil aux chemises mouillées (Editions Samizdat) et Claire Krähenbühl : Comment c'était (Editions Le Miel de l'Ours)

vendredi, 19 mars 2010

Sur les traces du poète

A l'approche de journées passées proches des terres du poète Rainer Maria Rilke, et suite au spectacle poétique au Théâtre des Amis*, voyage à travers les pages du poète...
Je redécouvre dans la biographie de Freedman une perle dans son Journal :

J'ai inventé une nouvelle caresse : poser délicatement une rose sur l'oeil fermé jusqu'à ce que sa fraîcheur ne soit presque plus sensible et que seule la douceur de ses pétales pèse encore sur la paupière comme du sommeil avant l'aube.**



tombe de Rilke à Rarogne

* spectacle au très beau titre"Viendras-tu aujourd'hui ?" qui réunissait Véronique Revaz, Raoul Pastor et Robert Rothlidberger, à voir jusqu'au 28 mars s'il reste des places disponibles...

** p. 189 Rilke, La vie d'un poète, Ralph Freedman, Solin, Actes Sud, 1998

jeudi, 18 mars 2010

Les yeux sur la page

... et de la page, dans la profondeur de la nuit, on pense "plage" ! Les yeux finissent par s'arrêter sur ses mots (à elle, Sylvie Germain) :

Ecrire est dérisoire : une digue de papier contre un océan de silence.
Le silence - lui seul obtient le dernier mot. Lui seul détient le sens éparpillé à travers la multitude des mots. Et c'est vers lui, au fond, que nous tendons, à lui que nous aspirons, aussi passionnément que secrètement, lorsque nous écrivons.*

Errance sur la plage. Et les mots engloutis s'effacent sur la page...

*p. 88 Les Personnages, Folio 5026

jeudi, 25 février 2010

Constellation du silence

Petit extrait, joyau de lecture matinale :

Les romanciers ont beaucoup à apprendre des poètes, ces sourciers de l'inouï*, ces multiplicateurs de sens. Mais ils ne peuvent pas les imiter, ils n'arpentent pas les mêmes espaces de la langue, ne vont pas à la même allure. Si dense et elliptique soit le style du romancier, il ne peut pas rivaliser avec l'art fondamentalement lapidaire, de la poésie. et le mot lapidaire est ici à entendre dans ses deux significations : le poète taille et polit les noms, les verbes, comme autant de pierres, d'éclats de roche, de galets, de silex, il les frappe les uns contre les autres pour les faire résonner, brasiller, il les aiguise, les casse, les encastre ou les disperse, et toujours les dispose d'un geste précis, vigoureux, dans le blanc de la page. Il en constelle le silence.**



Dans ce silence savoureux, la journée peut commencer !

* C'est moi qui souligne
** p. 46 de l'éd. Folio 5026
Les personnages de Sylvie Germain amoureuse des mots... Le recueil se laisse dévorer.

dimanche, 29 novembre 2009

L'acuité d'Antonio

Si parler du film c'est ici, le livre d'Eric Holder raconte une histoire autre... L'appréhension est toujours grande de commencer la lecture d'un livre dont on a déjà vu une adaptation cinématographique.* Avec Mademoiselle Chambon, c'est avant tout le personnage d'Antonio (Alain dans le film) que l'on retrouve le plus fidèlement au fil des pages. Devenu de plus en plus solitaire, Antonio redouble d'attention, regarde le ciel, comme si Véronique Chambon le regardait elle-aussi au même instant. Ce sont de très belles pages.

Un nouveau sentiment, en revanche, s'installait en lui, celui de porter davantage d'attention à ce qui l'entourait. Non point à Anne-Marie, donc, ni même à ce qu'il faisait, mais au monde proche, à la couleur du ciel, à une certaine lumière passant à travers un rideau d'arbres, à la paix qui émanait d'un crépuscule. Il lui semblait jusqu'à présent avoir été atteint d'une sorte de myopie, comme si sa vue s'était bornée à deux pas de lui et que le reste fût confondu dans le flou. Un espoir naissait dans cet oeil recouvré, il aurait été en peine d'expliquer cela. [...]
Cette acuité étrange atteignait son apogée lorsqu'il se rendait "aux blés"... Il se tenait à croupetons au bord de cet océan de vert dont les dernières vagues léchaient le commencement du bourg. le donjon de la Chaussée de Mécringes, à main gauche, une longue haie de peupliers ajoutaient à la vision, il attendait que ça monte en lui, quelque chose de plus poignant que tout ce qu'il avait connu.**
Il émeut cet Antonio pris de l'envie de voir et de l'envie d'écrire !

* le contraire arrive plus rarement, car on préserve le livre qu'on a aimé en ignorant l'adaptation sur grand écrand qu'on pourrait en faire...

** Eric Holder, Mademoiselle Chambon, Flammarion 1996, pp.101-102

jeudi, 12 novembre 2009

L'effet "maçon"



Coup sur coup, les maçons du cinéma français, cet automne, font tourner la tête des jolies filles (Kristin Scott Thomas et Sandrine Kiberlain). Ayant vu Mademoiselle Chambon récemment, et faisant bêtement un parallèle, je pensais que ce dernier me toucherait moins que Partir. Tout faux. Au caractère extériorisé de Sergi Lopez, Jean (excellent Vincent Lindon) est tout dans la retenue face aux sentiments qui le ravagent. On éprouve comme lui du mal à respirer, on aimerait du fond de notre fauteuil alléger ses soupirs... - et on se souvient aussi des situations vécues, du "tomber amoureux" toujours et chaque fois difficile à vivre-. Le réalisateur, par quelques plans, laisse naître le sentiment amoureux. Il donne du poids au silence, contrastant avec la musique d'Elgar (Salut d'Amour). La justesse accompagne chaque scène, pas seulement celles réunissant le couple d'amants (en classe, en famille ou les instants que Jean accorde à son père) !

Une seule chose à faire, pour prolonger le moment délicat : lire le roman qui a permit à Stéphane Brizé de réaliser son film...

mardi, 10 novembre 2009

Au centre du village...

Au centre du village - en face du Temple - le pas du promeneur ralentit : Livres est inscrit en gros sur la façade, caché par la végétation gripamte... On est projeté dans un autre temps à parcourir les titres de ces livres d'occasion. Ouverte en fin de semaine seulement, cette librairie vaut son - long - détour !



Librairie Bagnoud
1 chemin de la côte
1283 Dardagny
022 754 12 31

vendredi, 6 novembre 2009

Natation en piscine



Après le lac il y a dix jours à peine, novembre va me faire reprendre le chemin des piscines. Atmosphère surchauffée, chlore, bruit : le temps d'adaptation est chaque automne difficile !

Petit extrait de Jean-Philippe Toussaint (encore lui) qui s'acclimate lui-aussi à une nouvelle piscine - et pour consoler ceux qui l'aurait bien vu en Prix Goncourt cette année !

Je nageais lentement dans l'eau claire, mes lunettes sur le front, incurvant souplement ma trajectoire de temps à autre pour éviter d'entrer en contact avec quelque jeune nageur par trop imprévisible. Je n'étais pas très à l'aise dans cette piscine presque inconnue où, n'ayant pas mes repères habituels, je ne pouvais me laisser aller à l'étude avec le même abandon que dans ma piscine habituelle. Ici, non seulement je devais faire attention d'éviter en permanence de nombreux autres baigneurs insouciants et brouillons, mais je n'avais pas non plus cette connaissance instinctive des lieux, qui dans ma piscine habituelle, par exemple, me permettait d'un simple regard de tomber infailliblement sur le grand chronomètre mural qui m'indiquait aussitôt mes temps de passage intermédiaires, ou sur l'une des quelconques pendules blanches et noires voisines qui, sans me déconcentrer, sans interférer le moins du monde avec les pensées que j'étais en train d'élaborer, me faisait savoir aussitôt depuis combien de temps j'étais dans l'eau, et, partant, depuis combien de temps je travaillais [sic]. Mais, si les conditions de travail n'étaient pas aussi optimales que dans ma piscine habituelle, je n'en passais pas moins un moment agréable dans l'eau.

La télévision, Ed. de Minuit, p. 199